TROMPE L'OEIL CONTEMPORAIN

Je passe mon temps à dire, et à écrire quand l’occasion m’en est offerte, que l’émotion est pour moi au centre de la peinture, et je passe une bonne partie de mon temps à courir après cette émotion… Instantanément, dès la première rencontre avec la peinture de Bottosso, j’ai su qu’elle en serait une mine et de la plus précieuse. De la plus précieuse parce qu’immédiate et profonde, mais parce qu’elle résiste aussi à l’épreuve du temps. J’aime la peinture de la réalité depuis longtemps, et si j’apprécie les différentes tendances de cette peinture, peu nombreux sont les peintres qui suscitent en moi la jubilation. Je l’avais découverte avec les œuvres du grand Jacques Poirier et j’ai le sentiment de renouer avec aujourd’hui…

Cette peinture, si elle nous offre parfois les plus pathétiques des tentatives, peut aussi être passionnante et, n’en déplaise à certains, peut aussi être qualifiée de « contemporaine » quand ses auteurs l’abordent avec talent et intelligence. Il n’y a en effet qu’une façon d’inscrire cette peinture dans l’histoire : en faire une peinture de son temps, qui soit aussi marquée par son époque. Bottosso le sait bien, et s’il maîtrise parfaitement les codes de cette peinture, il n’en reste pas moins un jeune artiste du XXIème siècle, dont l’univers est aussi nourri par les objets et les souvenirs liés à cette époque là….

Bottosso surprend par la maîtrise dont il fait montre sur chaque centimètre carré de ses peintures et aussi parce qu’il manifeste toutes les qualités des plus grands peintres de trompe l’œil. Ce qui saisira d’abord, c’est souvent sa virtuosité technique, mais dans la voie qu’il a choisie, la virtuosité peut entraîner le peintre sur les pentes dangereuses de la fabrication, du métier pur, de l’artisanat, chemins dans lesquels il se perd immanquablement… Lui semble éviter cet écueil car ce qui le distingue aussi, c’est sa poésie, le spectacle étonnant du monde qu’il construit sous nos yeux, avec son imaginaire, avec son vocabulaire de peintre qui s’enrichit de toile en toile. Son monde, habité des contes de l’enfance, de mythologie classique ou encore de fines références à l’histoire de la peinture, est peuplé de mille objets, d’autant de matières et de textures également maîtrisées. Cet univers, baigné d’une lumière à la fois franche et douce, est caractérisé par une élégance toute personnelle. Une humeur tantôt pétillante d’humour, tantôt grave et mélancolique nous saisit devant ses tableaux. Voyez ces regards et sourires de Joconde en abîme, clin d’œil très singulier au maître Léonard, mais aussi « passage obligé » du peintre de trompe l’œil. Cadiou, Gilou, Poirier et quelques autres se sont brillamment livré à l’exercice. La contribution de Bottosso sur la question est digne de ces « grands anciens » : l’originalité le dispute ici à l’élégance et à la haute tenue plastique du tableau. Que dire de sa poignante Petite marchande d’allumettes, si belle dans l’ignorance de la tragédie qui l’attend, absente déjà sous son ciel de kraft noir, constellé d’étoiles-punaises…

Un mot encore de son travail, de ce qui le caractérise… Cela commence par le regard, Bottosso a ceci de particulier que ses yeux ne sont jamais blasés. Il a manifestement compris que son travail commence dans le regard analytique qu’il se doit de poser sur les choses : pour les peindre bien, d’abord les voir, les comprendre. Cela semble un poncif, pourtant combien d’artistes affichant des prétentions hyperréalistes peignent les choses comme ils pensent qu’elles sont, ou comme l’œil commun est supposé les percevoir ? Rien de mécanique dans le travail de Bottosso. Regardez cette ficelle dans le tableau « Je vous défends d’y entrer », elle vous impressionnera par sa justesse, sa réalité résidant dans son aspect hirsute. Jacques Poirier avait un jour attiré mon attention sur les ficelles de chanvre qui peuplaient son atelier et ses peintures en me disant « Regarde, pour que ça fonctionne, il faut bien avoir vu qu’aucun des centimètres de cette ficelle n’est semblable au centimètre voisin »… Il en va de même pour un autre aspect des objets, qu’il faut aussi percevoir visuellement : c’est de leur poids qu’il s’agit. C’est encore Poirier qui devant un chef d’œuvre flamand, avait souligné que tel poisson posé sur le bord d’un plat d’étain « pesait le bon poids » et qu’il fallait toujours viser à le restituer…

Que dire de plus que mon impatience devant le travail d’un si jeune artiste qui a déjà parcouru tant de chemin. Il faudra un jour s’arrêter devant chacune de ses œuvres, parce c’est à chaque fois une aventure nouvelle… L’envie me tient de découvrir ce qui naîtra sur son chevalet, avide de la jubilation que peut provoquer la peinture quand elle vous embarque… Et je sais aujourd’hui ce sentiment partagé par les amateurs que Bottosso conquiert chaque fois qu’ils s’arrêtent devant sa peinture.

Yannick Ravassard – directeur de la galerie Upsilon

I spend my time to say and write when the opportunity is offered to me, that emotion for me is the center of the painting, and I spend much of my time chasing after this feeling … Instantly the first encounter with the painting of Bottosso, I knew that it would be mine and the most valuable. The more valuable because immediate and profound, but because it also withstands the test of time. I love the painting of the reality long ago, and while I appreciate the different trends of this painting, there are few painters who arouse me in jubilation. I had discovered the works of the great Jacques Poirier and I feel reconnect with today …

This painting, if it may offer us the most pathetic attempts can also be exciting and, no offense to some, can also be called « contemporary » when its authors deal with talent and intelligence. There is indeed a way to include this painting in history to make a painting of his time, which is also marked by his time. Bottosso knows, and he mastered the codes of this painting, it is nevertheless a young artist of the XXI century, which the universe is also fed by the objects and memories of those days …

Bottosso surprised by the mastery that he shows in every inch of his paintings and also because it manifests all the qualities of the greatest painters of trompe l’oeil. First grasp what is often technical virtuosity, but the path he has chosen, the virtuosity of the painter may cause the dangerous slopes of manufacture, pure craft, crafts, roads in which he invariably loses … He seems to avoid this because what it differs too, is his poetry, the amazing spectacle of the world he built before our eyes, with his imagination, with his vocabulary is enriched painter from canvas to canvas. His world, inhabited tales of childhood, of classical mythology or fine references to the history of painting is to a thousand objects, all materials and textures also controlled. This world, bathed in light both frank and fresh, is characterized by a very personal style. A mood sometimes humorous, sometimes serious and melancholy seizes us in front of his paintings. See the looks and smiles Mona Lisa abyss, wink very singular to Master Leonard, but « must » the painter of trompe l’oeil. Cadiou Gilou, Poirier and some others are brilliantly delivered in the exercise. Contribution Bottosso the issue is worthy of the « big old »: the originality argument by the elegance and the high quality plastic table. What about his poignant Small market matches, so beautiful in the dark about the tragedy that awaits her in heaven already absent from kraft black, starry-bugs …

One word more of his work, which characterizes … It starts with the eyes, Bottosso is particular that his eyes are never bored. He clearly understood that his work begins in the analytical gaze he must ask about things to paint well, first see them, understand them. This seems like a cliché, yet how many artists displaying pretensions hyperrealistic paint things as they think they are, or as the common eye is supposed to receive? No mechanical work Bottosso. Watch this string in the table « I forbid you to enter, » it will impress you with its accuracy, its actually residing in his unkempt appearance. Jacques Poirier had once attracted my attention hempen strings, which inhabited his studio and his paintings by saying, « Look for it to work, it must be seen that none of centimeters this string is similar to centimeter neighbor « … the same goes for another aspect of objects, it is also perceived visually: This is the weight that is. It is still Poirier before a masterpiece of Flemish stressed that such fish landed on the edge of a flat tin « weighed the right weight » and he always had the aim to restore …

What more to say my impatience work a young artist who has already accomplished so much. It will one day stop in front of each of his works, because it’s a new adventure every time … The desire me to discover what is born on his easel, eager jubilation that may cause the paint when you embarks today … And I know this feeling is shared by amateurs Bottosso conquers every time they stop in front of his painting.

Yannick Ravassard – director of the gallery Upsilon